C’est en 1996 que j’ai découvert pour la première fois les photographies de Pentti Sammallahti. C’était à l’Institut Finlandais à Paris. Un samedi de novembre. Et ce fut la première fois que je me suis senti absorbé, ou plutôt enveloppé, par une image.
Ce sentiment et cette sensation se sont installés doucement, sans que je m’en rende compte, presque à mon insu alors que je découvrais les images les unes après les autres.
Je sentais que quelque chose se passait, je ne savais pas encore quoi. Au fur et à mesure que je parcourais l’exposition, il me semblait que chacun de mes sens se réveillait… Bien sûr ce sont mes yeux qui ont d’abord éprouvé cette rencontre.
Et puis je suis arrivé face à cette image. Et là, tout s’est mis en place. Son tirage exacerbait mes perceptions, les décuplait, progressivement, sensuellement.
Je marchais avec cet homme dans ce jour sans fin, j’étais à côté de lui. Non, plutôt sur son épaule. J’entendais ses pas crisser sur la neige. Mes narines se remplissaient du délicieux picotement des cristaux de glace en suspension. Au loin, un chien m’attendait. Confiant et patient. J’étais dans cette photographie de Pentti Sammalahti. Ce sont toutes les autres qui m’y ont conduit.
Je me suis laissé porter, sans chercher à comprendre. Mais à ressentir, à attendre, à écouter, à sentir. L’envie d’ouvrir la bouche pour goûter ce froid, manger ce silence.
C’était la première fois qu’une photographie me procurait cette émotion physique.
Au delà de l’image en elle-même, de son sujet, de sa composition, qui ont une forte résonnance psychologique en moi, dans sa symbolique et sa lecture, c’était la première fois que la matérialité, la sensualité, le grain, la précision d’un tirage photographique participaient de cette émotion.
Encore aujourd’hui, quand je regarde cette image, je marche à nouveau avec cet homme. Une marche que je ferai toute ma vie.